La thèse marocaine sur les ramifications régionales du conflit autour du Sahara a trouvé un nouveau relais aux États-Unis, avec la publication cette semaine par Semafor d’une tribune de l’ancien envoyé de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient, Jason D. Greenblatt, présentant le Polisario comme un vecteur d’influence iranienne en Afrique du Nord.
Dans ce texte publié le 17 mars, l’ex-responsable américain estime que « le monde passe à côté » d’une autre guerre par procuration de Téhéran, cette fois dans le Sahara. Selon lui, le même schéma que celui observé au Liban, au Yémen ou à Gaza serait à l’œuvre en Afrique du Nord, où l’Iran chercherait à s’appuyer sur des mouvements armés non étatiques pour étendre son influence sans confrontation directe.
Greenblatt désigne explicitement le Front Polisario comme l’acteur central de ce dispositif. Il rappelle que Rabat administre l’essentiel du territoire et considère le mouvement séparatiste comme une milice armée menaçant l’intégrité territoriale du Royaume et la stabilité régionale. Il souligne aussi que seuls un nombre limité d’États reconnaissent encore la « RASD », tandis que plusieurs pays ont retiré leur reconnaissance au fil des années.
L’ancien envoyé américain reprend également, dans des termes convergents avec la position marocaine, les accusations formulées de longue date par Rabat contre l’Iran et le Hezbollah, soupçonnés d’avoir apporté au Polisario formation, soutien logistique et armes. En 2018, le Maroc avait rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, accusant officiellement l’Iran, via le Hezbollah et l’ambassade iranienne à Alger, d’avoir soutenu le mouvement séparatiste.
Pour Jason Greenblatt, l’enjeu dépasse le seul cadre du Sahara. Fragiliser le Maroc, écrit-il, revient aussi à fragiliser un partenaire stratégique des États-Unis en Afrique du Nord, engagé dans la coopération sécuritaire et antiterroriste avec Washington. Il rappelle à ce titre que les États-Unis ont reconnu en 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara, dans le cadre de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël sous l’égide des Accords d’Abraham.
Cette prise de position intervient dans un contexte de fortes tensions régionales autour de l’Iran et de ses relais. Elle conforte, sur le terrain politico-médiatique américain, la lecture marocaine d’un Polisario non plus seulement séparatiste, mais inscrit dans une architecture d’influence plus large liée à Téhéran.