CAN 2025 : Romain Molina accuse une CAF “non gérée” et défend le Maroc contre les procès d’intention

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22 mars 2026

Le journaliste d’investigation français Romain Molina a livré une critique frontale de la gouvernance de la Confédération africaine de football (CAF), tout en prenant la défense du Maroc sur plusieurs points sensibles liés à la dernière Coupe d’Afrique des nations, dans un long entretien accordé samedi 21 mars 2022 à la plateforme marocaine Orge 212.

Au fil d’un échange nourri, le journaliste a développé une thèse centrale : le principal problème du football africain actuel n’est pas le Maroc, mais la CAF elle-même, qu’il décrit comme une institution désorganisée, traversée par des luttes d’influence, minée par les interférences et incapable d’imposer des règles claires et égales pour tous.

“La CAF n’est pas gérée”, affirme-t-il en substance, estimant que l’instance continentale fonctionne aujourd’hui dans un climat d’improvisation et de confusion, où les rapports de force priment trop souvent sur la bonne administration du jeu. Selon lui, ce malaise dépasse très largement le seul cadre africain, puisqu’il rappelle que les dérives, les soupçons de corruption ou les manipulations existent aussi dans d’autres confédérations, en Europe, en Asie, en Amérique centrale ou en Océanie. Mais à ses yeux, la situation africaine atteint désormais un degré particulièrement préoccupant. “Le football africain n’a jamais été aussi mal porté”, juge-t-il.

Dans ce tableau très sombre, Molina prend soin de distinguer le cas du Maroc. Alors qu’il dit avoir été présenté à tort comme hostile au royaume, voire comme un “agent algérien” par certains relais médiatiques ou militants, il insiste à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’a jamais accusé le Maroc en tant que pays. Il explique viser des comportements individuels, des mécanismes institutionnels ou des dirigeants précis, mais refuse les lectures nationalistes simplistes. Il affirme même qu’une partie de la polémique l’a injustement transformé en adversaire du Maroc, alors que, selon lui, les faits montrent surtout les défaillances de la CAF.

C’est d’ailleurs sur ce point qu’il formule l’une de ses phrases les plus nettes : “Ce n’est pas le Maroc qui est responsable que la CAF fasse n’importe quoi.” À ses yeux, la fédération marocaine ou les autorités du royaume peuvent certes chercher à défendre leurs intérêts, comme le feraient d’autres acteurs du football mondial, mais le cœur du problème reste que la CAF accepte, tolère ou organise elle-même des situations qui nourrissent ensuite les soupçons et les tensions. Autrement dit, le mal premier est institutionnel.

Sur la CAN disputée au Maroc, Molina développe un jugement nuancé mais globalement très favorable au royaume sur le plan organisationnel. Il considère que le pays a, une nouvelle fois, confirmé sa supériorité continentale en matière d’infrastructures sportives, de protocoles d’accueil, de sécurité et de capacité logistique. Il va jusqu’à dire que le Maroc est aujourd’hui “numéro un en Afrique sur les structures sportives, de très loin”, et souligne que le royaume est capable d’organiser pratiquement n’importe quel événement international. Il cite à l’appui la qualité des stades, des pelouses, du dispositif sécuritaire, mais aussi la montée en gamme globale du pays dans l’accueil de grandes compétitions.

Cette avance marocaine, selon lui, explique pourquoi la CAF se tourne sans cesse vers Rabat lorsqu’elle doit sauver un tournoi, relocaliser une compétition ou trouver en urgence un organisateur crédible. Il rappelle que le Maroc a accueilli ou soutenu plusieurs compétitions africaines récentes, qu’il s’agisse des CAF Awards, des compétitions de jeunes ou du football féminin, et estime que la CAF a progressivement fait du royaume sa solution de secours permanente. Cette dépendance, dit-il, crée ensuite un climat délétère, car les autres nations finissent par voir le Maroc comme le pays que l’instance favorise, alors que, selon lui, la responsabilité première incombe à l’incapacité de la CAF à faire respecter des règles identiques pour tous.

Il prend l’exemple du championnat d’Afrique des nations organisé au Kenya, où il affirme que la sélection marocaine a obtenu certaines facilités d’entraînement que d’autres équipes n’avaient pas. Mais, là encore, il refuse de mettre seul le Maroc en accusation : pour lui, le vrai scandale n’est pas qu’une fédération réclame de meilleures conditions, mais que la CAF et le comité organisateur acceptent des passe-droits au lieu de poser un cadre uniforme. C’est cette absence de colonne vertébrale institutionnelle qui, à ses yeux, alimente ensuite les théories du complot et les ressentiments anti-marocains.

L’une des parties les plus sensibles de son intervention concerne la finale de la CAN et l’enchaînement chaotique qui l’a entourée. Molina décrit cette rencontre comme une “succession d’erreurs”. Il considère que l’arbitre a été placé dans une situation impossible, notamment en raison d’une intervention qu’il juge inadmissible de la hiérarchie arbitrale de la CAF. Selon lui, il est anormal que le responsable de l’arbitrage puisse descendre donner des consignes à l’homme au sifflet en pleine crise. “L’arbitre n’a pas pu diriger le match”, résume-t-il, en renvoyant directement la responsabilité vers les patrons de la CAF.

Dans son analyse, la faute majeure tient au fait qu’au lieu de laisser l’arbitre appliquer le règlement jusqu’au bout, les responsables auraient raisonné en gestion de crise, cherchant à éviter des débordements immédiats plutôt qu’à faire prévaloir le droit sportif. Molina avance même que certains décideurs ont pu imaginer qu’un penalty marocain réglerait la situation et permettrait d’éteindre la tension, ce qu’il présente comme une logique profondément fautive. Selon lui, on ne corrige pas une erreur par une autre. Cette approche aurait aggravé le sentiment de chaos autour de la finale.

Le journaliste pousse l’analyse plus loin en affirmant que le Maroc comme le Sénégal ont été, à leurs manières, victimes de la CAF dans cet épisode. Le Maroc, parce qu’il se retrouve exposé à des accusations de favoritisme ou de manipulation sur une décision dont il n’est pas, selon Molina, le maître d’œuvre. Le Sénégal, parce que l’environnement décisionnel et arbitrale aurait été si dégradé qu’il a nourri une crise majeure de confiance. Mais encore une fois, il ramène tout au même point : la racine du problème reste la mauvaise gouvernance de la CAF.

Sur le plan strictement sportif, Molina tient aussi à dissiper une autre polémique : celle selon laquelle le Maroc n’aurait pas mérité sa place en finale. Là-dessus, il est catégorique : le Maroc mérite sportivement sa finale. Il reconnaît qu’il y a eu des actions litigieuses pendant le tournoi, mais rappelle aussi qu’elles n’allaient pas toutes dans le même sens. Il cite notamment un penalty potentiel qui aurait pu être accordé au Maroc face au Cameroun et estime que, sur le contenu des matches précédant la finale, les Lions de l’Atlas ont été supérieurs à leurs adversaires, notamment au Cameroun et au Nigeria. En revanche, il se montre plus critique sur la finale elle-même, où il juge le Sénégal meilleur dans le jeu et dit avoir été déçu par l’animation offensive marocaine pendant une bonne partie du tournoi.

Cette nuance est importante dans son raisonnement : Molina ne cherche pas à peindre le Maroc comme irréprochable ou intouchable, mais il refuse les caricatures. Il soutient que l’organisation marocaine a été solide, que la qualification en finale était méritée, et que les controverses ont été gonflées ou instrumentalisées dans un contexte où la politisation de la CAF et des réseaux militants a fini par écraser le débat purement footballistique.

Il s’arrête également sur la question du football féminin, en reconnaissant les progrès spectaculaires du Maroc. Il salue un programme sportif qu’il juge exceptionnel, tant dans la structuration que dans les résultats, en citant la progression du football féminin, les titres chez les jeunes, la qualité de la formation et la montée en puissance d’entraîneurs marocains. Selon lui, le royaume a démontré qu’il était possible, en Afrique, de bâtir un projet cohérent, exigeant et performant. À ses yeux, cette réussite n’est pas seulement une affaire d’argent : elle est aussi le produit d’une stratégie suivie et d’une réelle capacité d’exécution.

Sur les échéances à venir, Molina affirme penser que le Maroc se portera candidat pour accueillir la Coupe du monde des clubs 2029 et estime également que le royaume a de sérieuses chances d’obtenir la finale du Mondial 2030. Il explique cela par la proximité politique entre Gianni Infantino et le Maroc, mais aussi par les tensions entre la FIFA et certaines composantes de l’UEFA, qui pourraient donner une dimension très politique à la décision finale. Il suggère en outre que le Maroc ne construit pas ses infrastructures actuelles sans viser des objectifs de cette ampleur.

Dans le même esprit, il affirme que la CAF aurait déjà pensé au Maroc pour d’autres échéances futures, notamment parce qu’elle doute sérieusement de la capacité de certains pays hôtes annoncés à tenir leurs engagements. Molina estime ainsi qu’il n’y aura pas de CAN en 2027 dans les conditions aujourd’hui prévues, jugeant que le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie ne sont pas prêts, pas seulement sur les stades mais aussi sur les routes, la sécurité, l’accessibilité et les capacités d’accueil. Selon lui, ce doute est largement partagé en interne. Il ajoute que l’instance cherchera tôt ou tard un pays capable de rattraper la situation, et sous-entend que le Maroc est encore perçu comme le recours le plus crédible.

Plus globalement, Molina voit dans cette dépendance un danger pour tout le football africain. D’un côté, le Maroc prouve qu’un autre standard est possible. De l’autre, le fait que la CAF s’appuie sans cesse sur le même acteur nourrit l’idée d’un système inégal, ce qui renforce la défiance des autres fédérations. Là encore, son jugement reste constant : ce n’est pas le Maroc qui devrait être blâmé pour être plus structuré que les autres, mais la CAF qui n’a pas réussi à tirer l’ensemble du continent vers le haut.

L’entretien se termine d’ailleurs sur une forme de message au public marocain. Molina dit espérer que le football reprenne ses droits, que les polémiques et les campagnes hostiles s’apaisent, et que le débat revienne sur ce qui devrait rester central : le jeu. Il dit souhaiter que le Maroc, grand pays de football selon lui, finisse par regagner la CAN sur le terrain, cinquante ans après son unique sacre, et appelle à ne pas réduire l’actualité du football marocain aux seules controverses institutionnelles.

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